Dacian Cioloş nommé commissaire à l’agriculture et au développement rural

Publié le 30 novembre 2009 • Rubrique : Acteurs de la PAC, Après 2013, L'avenir de la PAC, La PAC dans l'UE

La nouvelle Commission Barroso a été dévoilée le 27 novembre. La Roumanie a finalement obtenu le portefeuille qu’elle visait, à savoir l’agriculture et le développement rural. Incontestablement, c’est une victoire diplomatique pour un pays qui devait jusqu’ici se contenter d’un poste de commissaire au multilinguisme.

La nomination de Dacian Cioloş à l’agriculture était loin d’être acquise dans la nouvelle équipe Barroso. En effet au début du mois d’octobre, le président de la Commission se refusait encore à confier un si gros portefeuille à un pays qui ne gérait pas correctement les dépenses agricoles de l’UE. Le buzz courrait aussi dans le microcosme bruxellois qu’un si gros portefeuille ne devait pas revenir à un grand pays agricole. Mais qu’est-ce qu’un grand pays agricole ? Ces arguments furent repris par la presse britannique et certains médias agricoles européens qui ont mené campagne contre un candidat suspecté d’être “the French guy“.

Etre le candidat soutenu par la France n’est pas toujours facile à porter quand ce pays est le premier bénéficiaire des aides agricoles. Mais Cioloş a surtout bénéficié du soutien du leader du parti conservateur au Parlement européen, Joseph Daul, lui même ancien responsable syndical agricole français. Au delà des appartenances politiques, une majorité de parlementaires conservateurs, sociaux-démocrates et écologistes ont soutenu la candidature d’un pro-régulation, mais aussi et surtout d’un futur partenaire de la co-décision en matière de politique agricole.

Formé en France par les écoles d’agronomie de Rennes et Montpellier, ce quadragénaire est passé par le développement rural à la DG Agri avant de devenir conseiller technique, puis vice-ministre et enfin ministre de l’agriculture en Roumanie. Une nomination justifiée à l’époque pour remettre de l’ordre dans la gestion des aides européennes. Perçu en France comme le défenseur des petites fermes ou comme l’agronome formé dans une ferme bio bretonne, Dacian Cioloş tient surtout à ne plus analyser la Politique agricole commune à partir des modèles agricoles de l’Europe occidentale, pour tenir compte de la diversité des agricultures européennes.

Lorsque nous avions rencontré le ministre Cioloş au Conseil informel d’Annecy en septembre 2008, il nous avait expliqué les défis de l’agriculture de son pays : “Dès la phase de négociation de pré-adhésion à l’Union européenne, on nous a obligé à nous aligner sur des normes que nous n’avions pas négocié. Les douze nouveaux Etats membres comptent beaucoup de petites fermes qui ne sont pas en phase avec les règles de marché actuels et avec les normes environnementales et sanitaires. Cela représente des millions de petites fermes qui ne peuvent réaliser des investissements coûteux pour se conformer aux normes, alors que la politique agricole commune ne dispose pas d’instrument d’appui pour cela.”

Lors d’une réunion du Conseil en juin 2008, il avait rallié une dizaine de ministres pour souligner le rôle important des petites fermes pour l’avenir de l’agriculture européenne. Loin d’opposer les petites fermes aux grandes fermes, il s’attachait en tant que ministre à résoudre des problèmes concrets de la petites paysannerie : adapter les normes à la petite agriculture dont les produits ne sont pas exportés mais vendus sur les marchés locaux.

Sur l’avenir de la PAC, il nous disait que les aides devaient gagner en légitimité auprès de l’opinion pour être maintenues après 2013. L’élargissement de l’UE constitue selon lui une opportunité, si la PAC appuie davantage la petite agriculture. Dacian Cioloş soutenait aussi l’harmonisation rapide des niveaux d’aides entre les fermes de l’Ouest et de l’Est, une position qui continue d’ailleurs d’effrayer la France.

Tout comme les autres commissaires nommés par Barroso, Dacian Cioloş devra être formellement approuvé par le Parlement européen lors d’une audition entre le 11 et le 19 janvier. Un vote de consentement de la nouvelle Commission est ensuite prévu le 26 janvier avant qu’elle ne soit ensuite approuvée par le Conseil européen ensuite pour finalement entrer en fonction le 1er février.

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