Vingt-deux ministres en faveur d’une PAC forte après 2013
Publié le 11 décembre 2009 • Rubrique : Acteurs de la PAC, Après 2013, L'avenir de la PAC, La PAC dans l'UELa « réunion de Paris pour l’avenir de la PAC » organisée le 10 décembre par Bruno Le Maire, a rassemblé les 22 Etats membres qui avait pris position en faveur d’une « nouvelle régulation » européenne des marchés ». Ce « G22″ fut constitué en réaction au manque d’empressement de la Commission européenne à faire des propositions à la hauteur de la crise laitière. Cette coalition rassemble tous les Etats membres exceptés le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et Malte, lesquels n’ont pas été invités à cette réunion.
L’initiative française vise clairement à répondre à la polémique déclenchée par les fuites d’un « non paper » de la Commission sur les prochaines perspectives financières, qui suggérait une forte baisse des dépenses agricoles. Selon Bruno Le Maire, il s’agissait « d’affirmer haut et fort que la PAC reste au coeur des enjeux stratégiques, de renverser ce qui s’est produit depuis plusieurs mois et cette tendance négative consistant à dire la PAC c’est fini, la PAC coûte trop cher, la PAC c’est trop lourd [...] Ce n’était pas une bonne méthode, et nous avons voulu renverser la perspective, en commençant par les objetifs et non par les moyens« .
Appel de Paris pour une politique agricole et alimentaire commune endossé par vingt-deux ministres de l’agriculture de l’Union livre ainsi les principes d’une PAC forte :
« - Développer le modèle alimentaire européen, marqué par une très grande diversité à laquelle nous sommes tous attachés. Pour cela, nous voulons une politique qui assure une alimentation à la fois sûre, saine, équilibrée et de qualité, accessible à tous. L’Europe doit être en mesure de répondre aux besoins de 500 millions de consommateurs et de contribuer à l’équilibre alimentaire mondial. Pour cela, l’agriculture européenne doit être tout à la fois compétitive, durable et maintenue sur l’ensemble des territoires européens, dans le respect du modèle européen d’agriculture ;
- Donner aux agriculteurs les moyens de mieux répondre aux signaux du marché et de construire des stratégies gagnantes pour toutes les filières. Pour qu’ils puissent investir et développer le potentiel agricole européen, nous devons leur assurer un revenu stable et décent face à la volatilité croissante des marchés. Cela passe par une régulation européenne qui permette d’affronter les situations de crise et de volatilité extrême des marchés. Cela passe aussi par le développement de l’innovation et la promotion de relations loyales entre les partenaires des filières ;
- Relever le défi environnemental. L’agriculture est une activité trop stratégique pour n’être considérée que comme un simple outil de lutte contre le changement climatique. En revanche, comme toute activité économique, l’agriculture doit davantage prendre en compte la protection de l’environnement et du bien-être animal. C’est la préservation même du potentiel agricole qui est en jeu. C’est la raison pour laquelle la politique européenne doit mettre l’agriculture en situation de produire mieux et de valoriser sa contribution positive à l’environnement et à la croissance verte ;
- Assumer nos choix collectifs. La sécurité alimentaire et sanitaire, la préservation de l’environnement et des paysages, l’équilibre des territoires et la diversité des exploitations sont autant de biens publics européens auxquels nous sommes attachés. Mais ils ont un coût que les agriculteurs ne peuvent prendre à leur seule charge. Nous devons aussi garantir que les produits importés en Europe respectent bien toutes nos normes ».
Oecuménique, le document conclue en « appelant tous ceux qui le souhaitent à participer à ce grand débat ouvert. Parce que l’agriculture européenne, c’est nos emplois. Parce que l’agriculture, c’est notre alimentation. Parce que l’agriculture, c’est notre environnement et nos territoires. Parce que l’agriculture, ce sont des biens publics et des externalités positives. Parce que l’agriculture, c’est notre indépendance. Parce que l’agriculture, c’est la conception que l’on se fait de notre avenir en Europe et de l’avenir de l’Europe dans le monde. L’agriculture européenne, c’est l’affaire de tous les Européens. »
Si le 10 décembre restera pour Bruno Le Maire « Un évènement majeur dans l’histoire de l’agriculture en Europe« , il signe surtout le succès d’une diplomatie agricole volontariste et décomplexée, et ce alors que la Suède qui assure la Présidence de l’Union était tenue à l’écart.
Toutefois à l’adresse des pays non invités, Bruno Le Maire estime que « ça n’est pas la fin de l’histoire, il faut construire des propositions pour l’avenir de la PAC d’ici 2013, le faire de manière la plus ouverte possible car il n’agit pas d’exclure (sic)… La réforme de la PAC se fera à vingt-sept« .

