Dacian Cioloş réussit son grand oral devant le Parlement
Publié le 18 janvier 2010 • Rubrique : Acteurs de la PAC, Après 2013, L'avenir de la PAC, La PAC dans l'UEDacian Cioloş a réussi son examen de passage devant les membres de la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen (Comagri) le vendredi 15 janvier. A l’issue d’un grand oral qui aura duré trois heures, le Commissaire désigné pour le porte-feuille de l’agriculture et du développement rural a été chaleureusement applaudi par une très large majorité de députés. Ces derniers ont salué l’engagement européen et les solides compétences du benjamin de la Commission Barroso II, des points forts déjà remarqués dans sa réponse écrite au questionnaire des parlementaires.
Les députés ont apprécié son profond attachement à la Politique agricole commune (PAC), sa volonté de s’atteler à une régulation moderne des marchés agricoles et à continuer de soutenir le revenu des agriculteurs. Cioloş a rappelé en introduction la pertinence des objectifs de la PAC énoncé dans le Traité : « La sécurité de l’approvisionnement alimentaire et des revenus agricoles décents », en rappelant que sur le premier : « Rien n’est gagné pour toujours. »
Sur les instruments de marché, Ciolos s’est voulu réaliste : « Le marché doit continuer son rôle régulateur. Je veux être ferme : la reprise des anciens mécanismes n’est pas une solution pour l’avenir, il faut trouver des solutions modernes« . Après les quotas laitiers, il estime qu’il « faut trouver des mécanismes pour bien gérer l’offre et un réglage dans la filière. Les contrats sont une solution, et je suis prêt à discuter avec mon collègue de la concurrence pour discuter des spécificités du secteur agricole. »
Répondant à Martin Haüsling (Verts/ALE) sur les restitutions à l’exportation après 2013, il a affirmé « Je ne pense pas qu’elles soient une solution essentielle, mais dans certains secteurs elles seront maintenues« . Sans préciser lesquels.
Interrogé par le député Capoulas Santos (S&D) sur l’avenir des références historiques, Cioloş a répondu : « Je ne pense pas que les références historiques représenteront une solution pour l’avenir, nous devons trouver de nouveaux critères de distribution des aides« . Se positionnant en faveur d’un rééquilibrage des aides entre agriculteurs, entre régions et entre Etats, il a précisé « être en train de chercher un critère d’emploi » pour distribuer les aides après 2013.
Face à un député danois lui demandant comment il reprendrait l’objectif (caché ?) de Mariann Fischer-Boel de réduire des aides qui coûtent trop cher au consommateur, Cioloş s’est montré ferme avant d’être applaudi : « La PAC doit jouir d’un budget à la hauteur. Les aides ne vont pas seulement aux agriculteurs. Le budget est justifié pour maintenir un potentiel de production. Les coûts de la non-subvention seraient trop élevés. Nous devrons discuter du rééquilibrage du budget sans mettre en péril le revenu des agriculteurs. »
A de nombreux députés l’interrogeant sur les zones défavorisées, les jeunes agriculteurs, les petites fermes, les biens publics et le changement climatique, Cioloş a (sur)estimé que le 2nd pilier de la PAC était la politique appropriée. Sollicité par Stéphane Le Foll (S&D) sur l’avenir des deux piliers après 2013, Cioloş a affirmé « Je ne suis pas borné sur la forme, qu’il y ait un, deux ou trois piliers, l’important c’est le fond. Il faut aussi trouver une meilleure liaison entre l’agriculture et l’espace rural. » Sur le co-financement de la PAC, il a répondu : « A une politique commune, un budget commun« , en ajoutant : « La modulation [des aides] n’est plus nécessaire après 2013, car nous aurons la possibilité de fixer les enveloppes du 1er et du 2nd pilier« .
Cioloş s’est montré ouvert sur le recours aux biotechnologies. Répondant aux questions de Lyon (ALDE) et de Bové (Verts/ALE) : « Nous dépendons trop des importations [d'aliments du bétail]. Les producteurs doivent avoir le choix, il ne faut pas mettre en péril nos éleveurs. La question est de savoir si les producteurs européens sauront convaincre les consommateurs. » Une réponse qui reflète la position de Barroso de vouloir assouplir les conditions d’entrée des OGM en Europe.
Indéniablement, le style Cioloş rompt avec celui de Mariann Fischer-Boel. Si on retient de cette dernière une posture très libérale dans sa doctrine, et une relation frontale avec les organisations agricoles, Cioloş quant à lui, attache une importance stratégique à ce que la PAC prenne en compte la diversité des agricultures et des agriculteurs de l’Union.
Bien parti pour être confirmé commissaire à l’agriculture et au développement rural, Dacian Cioloş doit attendre que le nouveau collège dans son ensemble soit approuvé par le Parlement européen le 26 janvier.

